« Il faut accepter de démolir pour reconstruire », estime le président de l’AS Meucon ⚽
Pouvez-vous revenir sur ce qu’il s’est passé ?
Quelques jours après avoir pris la présidence en mars ou avril (2025), je reçois une convocation au District (du Morbihan). J’étais éducateur avec les jeunes et je n’avais pas trop suivi ce qui s’était passé avec les seniors. J’ai eu une réunion avec le bureau pour comprendre : un joueur de notre équipe B (en D3) a menacé une arbitre, tête contre tête, lui a craché dessus. Je n’étais pas sur place mais ce sont des faits avérés. Il y a aussi eu des menaces envers les joueurs adverses (AVP Plumergat) sur les réseaux sociaux.
Quelle a été votre réponse ?
Je n’ai pas cherché. Je ne veux pas de joueur comme ça dans le club. J’ai appelé les deux joueurs concernés, qui étaient des frères, pour leur dire que c’était terminé, qu’ils quittaient le club.
Quelles ont été les conséquences ?
L’année dernière, on avait 45 licenciés seniors. Cette année, on en a 24. On avait deux équipes, on n’en a plus qu’une (en D2). Certains ont voulu suivre les deux frères, d’autres voulaient continuer mais on a refusé. Tous ceux qui étaient dans les histoires, on ne les a pas renouvelés. On voulait repartir avec une base solide et saine. On a failli faire disparaître les seniors, pendant une saison au moins. Il y avait des joueurs qui étaient là pour juste jouer, s’amuser mais ils étaient dans un tel désarroi qu’ils ne savaient plus comment réagir. Je comprends que certains ne voulaient plus continuer ici. On a fait une réunion, on a reconstruit un projet.
Les deux joueurs en question ont pu retrouver un club…
Le District ne pouvait pas nous sanctionner car il n’y avait pas eu de rapport de la part de l’arbitre. C’est complètement fou ! Il y a peut-être eu des menaces… L’arbitre devait vouloir rentrer chez elle sans problème. Donc j’ai renvoyé les deux joueurs et le week-end d’après, ils étaient dans un autre club. C’est là où il y a un problème de sanctions. Il faudrait aller plus loin, pouvoir sanctionner sur la base d’un courrier contre un joueur. Quand on recrute un joueur, on n’a pas toujours son passif. Peut-être qu’il faudrait y avoir accès.
Avez-vous été soutenu au moment de les renvoyer ?
Oui, par plusieurs joueurs et par le bureau. D’autres avaient un peu peur, ils voulaient plus un échange avec les joueurs. Mais ce temps-là était passé.
Avez-vous eu peur de représailles ?
Ça aurait pu arriver. Mais si personne ne prend ses responsabilités et laisse faire…
Désormais, c’est tolérance zéro au club ?
Les joueurs le savent très bien. On connaît les joueurs qu’on a fait venir. J’ai confiance en mon coach (Christian Daniello). Mais je l’ai prévenu : s’il y a un écart, ça ne me posera aucun problème de renvoyer. Je préfère ça plutôt qu’un individu détruise le club. Même chose pour les parents autour des terrains. Si certains ne se comportent pas bien, je leur demanderai de quitter le stade.
Les dirigeants ont donc un rôle central…
Clairement, mais il faut que chacun prenne ses responsabilités. Quand on se met à un poste comme ça, on a entre les mains la sauvegarde de son club, d’individus, de jeunes, d’éducateurs, de bénévoles. Donc on se doit de réagir. Ça ne sert à rien d’afficher haut et fort des valeurs pour ne pas les respecter. A Meucon, le respect, c’est la première chose. On a une phrase qui nous porte beaucoup depuis un petit moment : « Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin ».
Aujourd’hui, comment va l’AS Meucon ?
L’ambiance est top. Il y a un an, les petits ne venaient pas voir jouer l’équipe première. Maintenant, même s’ils ne sont pas là le dimanche, ils demandent les résultats. Je trouve ça bien que les jeunes s’imprègnent des seniors, veulent perdurer dans le club. Et c’est la première fois que j’entends qu’il y a une bonne cohésion d’équipe chez les seniors. Quand j’ai pris la présidence, on avait une image… D’autres présidents me disaient : « Vous êtes dans la merde ». Aujourd’hui, ils me disent : « Vous avez sacrément réagi ». On a une image positive sur le secteur. Cette image négative sanctionnait sur tout. Le maire ne voulait pas nous aider sur nos projets car il ne savait pas si le club allait continuer d’exister. Le club était un fantôme, il n’y avait plus de projet, rien. Désormais, on a tout un tas de projets, on a changé le logo. Les partenaires nous suivent, et on a dû batailler pour ça aussi. Parfois, il faut accepter de démolir pour reconstruire.
